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La Scène, le C(h)oeur et la Voix
Nos folies sans lendemain
Nos folies sans lendemain
Tu parais triste, perdu dans tes pensées,
On dirait que la vie t’a longtemps délaissé.
Comme si l’ennui, tapi dans chaque heure,
Effaçait peu à peu ton ancienne ardeur.
Tu t’emmerdes, je le vois dans ton regard,
Dans ce silence faux qui veut tout camoufler,
Dans ces soupirs lourds qui n’osent plus se fâcher,
Et dans tes mots brefs, fuyants et sans retard.
Ton métier seul encore t’agrippe au chemin,
Te donne la pêche, te réveille le matin.
Là, tu respires, là, tu redeviens vivant,
Comme si le monde reprenait son élan.
Avec moi, pourtant, c’était l’éveil soudain,
L’étincelle jeune qu’on boit sans lendemain,
La fraîcheur qui danse au bord de la folie,
La simplicité sacrée de dire «c’est la vie».
C’était une ivresse humble, sans protocole,
Un ciel sans rideau, ni masque, ni parole,
Le naturel brut, fier d’être imparfait,
Comme un rire trop fort qui jaillit sans secret.
Mais le temps a passé, plus grave, plus sévère,
Et l’on porte en soi des poids qu’on doit se taire.
On apprend trop vite à vivre pour tenir,
Au lieu de vivre juste pour le plaisir.
Je ne sais si le feu sommeille encore en toi,
Si la folie douce reviendra sous tes doigts,
Mais je garde en mémoire les instants partagés
Où, près de moi, tu semblais respirer.
M.M. - 15-01-2026
Pour toi, qui savais vivre quand tu ne t’en rendais même pas compte.
Tu as tout gardé, sauf l’élan.
On ne revient pas en arrière, mais on peut se réveiller.
Sous l’équerre et le compas
Sous l’équerre et le compas
Sous l’équerre et le compas naît l’angle du destin,
Où le maillet réveille le futur incertain.
La pierre brute espère un jour sa perfection,
Quand le ciseau murmure à l’ouvrage sa raison.
Deux colonnes veillent, fières, aux seuils du savoir,
Sur un tapis d’énigmes tissé de noir et d’espoir.
Le tablier s’illumine, blanc comme un serment,
Et scelle dans le rite un discret firmament.
Au fil des grades, chacun taille en lui-même,
Une salle de silence où la conscience s’aimante.
Les symboles s’emboîtent, puzzle patient du cœur,
Pour transformer l’argile en plus haute douceur.
Le Delta, œil discret, perce la nuit d’un trait,
Pour guider l’initié sur le siège du vrai.
Frère du compas, sœur du fil et du niveau,
Ils tracent dans l’ombre un invisible château.
Le pavé mosaïque, en noir et blanc tissé,
Dicte l’équilibre où fleurit la pensée.
Car le Temple invisible, à qui sait le rêver,
Se bâtit dans l’humain qu’on apprend à lever.
M.M. - 12-01-2026
Poétiquement incorrect
Tu chantais près de moi, presque à toucher,
Et ta voix glissait sur ma peau comme un baiser.
Un vers surgit — poétiquement incorrect —
Qui fit rougir le silence, puis mon cou, puis le reste.
Je t’écoutais me dire sans le dire
Ce que les lèvres parfois n’osent écrire.
Le rythme battait, discret, mais parfait,
Comme un cœur qui hésite avant de s’avouer.
Tu improvisais, et je perdais mesure :
La musique avait le goût d’une brûlure
Douce, obstinée, trop proche du secret,
Qui se chante à soi-même avant d’être avoué.
Dans ce vers, il y avait nos corps en filigrane,
Et ce léger trouble qu’on nomme joie profane.
Depuis, j’en ai fait un lieu pour ceux qui savent
Que le désir lit dans les pages et les lèvres graves.
Car entre le livre et le corps, il n’est qu’un trajet,
Fin, vibrant, imperceptible et imparfait.
Et toi tu l’avais compris — avant même de l’écrire —
Quand tu m’as offert ce vers pour me faire rougir…
M.M - 10-01-2026