Nos étés aux campings
Il y en a eu quatre sous le ciel du Var,
Mais deux ont gravé leur empreinte quelque part.
Les autres étaient moyens, de passage, légers,
Eux seuls nous ont vus revenir, été après été.
Le premier avait une petite scène basse,
Des lumières timides, une ambiance qui enlace,
Un air de famille, de tables rapprochées,
Et le temps, surtout, de ne pas se cacher.
On arrivait tôt, le soleil encore chaud,
On s’installait dehors, à l’ombre du resto,
Il y avait le dîner, les conversations lentes,
Les assiettes oubliées, les minutes indolentes.
Puis venait le concert, simple et vrai,
Des enfants qui passent devant, distraits,
Des rires, des parents, un peu de bazar,
Et cette douceur particulière du premier regard.
Sur scène tu devenais feu d’artifice,
Un autre toi-même, libre et complice,
Mais même au milieu des voix et du brouillard,
Je savais quand tu me cherchais du regard.
L’autre camping était d’une autre trempe,
Grande scène, matériel pro, lumière qui rampe,
Moins de temps volé, moins d’instants à part,
Plus de distance entre toi et moi le soir.
On se croisait à la balance, brièvement,
Un sourire rapide, presque clandestinement,
Puis après le concert, lors des dédicaces,
Je restais tout près, dans l’ombre de l’espace.
Les deux autres campings — presque des esquisses,
Une année, trois soirs, des parenthèses lisses,
Mais ceux-là… ceux qui nous ont vus revenir,
Ont façonné ce que nous sommes devenus, sans le dire.
Pas la plus bruyante, ni la plus visible,
Je restais à l’endroit fragile et indicible,
Je restais en retrait, lucide et fière,
Je sais ce qu’ils ignorent, ce que je préfère
Je porte en silence ce drôle de lien,
Ni tout à fait tien, ni tout à fait mien,
Une amitié tendre aux contours flous
Qui bat dans l’ombre, juste entre nous.
M.M - 09-02-2026














