La zone grise


La zone grise


Entre lui et moi s’étend ce paysage,

Un pays sans frontière aux contours incertains,

Ni oui clairement dit, ni refus sans partage,

Juste un doute posé au creux de nos chemins.


Je marche sur ce fil que le silence tisse,

Entre deux de ses regards qui n’osent s’avouer,

Comme l’aube fragile au moment où elle glisse

Du coeur de la nuit vers le jour éveillé.


Rien n’est dit pourtant… mais tout devient présence,

L’air même autour de nous frissonne doucement,

Et sous chaque silence naît comme une évidence

Qu’un écho en moi répond… sans savoir comment.


Il souffle tour à tour le chaud et le froid,

Sa voix me réchauffe… et ses mots me figent,

Moi je reste en retrait, ne sachant trop pourquoi,

Dans ce gris incertain où mon pas se dirige.


Dans cette zone grise où mon doute s'attarde,

Le moindre de ses gestes a le poids d’un aveu,

Et mes silences à moi, quoi que je me garde,

Parlent bien plus bas que je ne le veux.


Ce n’est pas l’absence entre lui et moi,

Ni rien de trop clair qu’il faudrait nommer,

C’est un trouble léger où j’avance, je crois,

Sans savoir si je fuis… ou si je vais rester.


Mais je sens, au profond de mon âme indécise,

Que quelque chose flotte… et ne se livre pas

Dans ce trouble si doux qu’on appelle zone grise…

Et qui garde ses feux… à l’abri des regards.


M.M. - 20-02-2026

Nos étés aux campings


Nos étés aux campings

Il y en a eu quatre sous le ciel du Var,

Mais deux ont gravé leur empreinte quelque part.

Les autres étaient moyens, de passage, légers,

Eux seuls nous ont vus revenir, été après été.

Le premier avait une petite scène basse,

Des lumières timides, une ambiance qui enlace,

Un air de famille, de tables rapprochées,

Et le temps, surtout, de ne pas se cacher.

On arrivait tôt, le soleil encore chaud,

On s’installait dehors, à l’ombre du resto,

Il y avait le dîner, les conversations lentes,

Les assiettes oubliées, les minutes indolentes.

Puis venait le concert, simple et vrai,

Des enfants qui passent devant, distraits,

Des rires, des parents, un peu de bazar,

Et cette douceur particulière du premier regard.

Sur scène tu devenais feu d’artifice,

Un autre toi-même, libre et complice,

Mais même au milieu des voix et du brouillard,

Je savais quand tu me cherchais du regard.

L’autre camping était d’une autre trempe,

Grande scène, matériel pro, lumière qui rampe,

Moins de temps volé, moins d’instants à part,

Plus de distance entre toi et moi le soir.

On se croisait à la balance, brièvement,

Un sourire rapide, presque clandestinement,

Puis après le concert, lors des dédicaces,

Je restais tout près, dans l’ombre de l’espace.

Les deux autres campings — presque des esquisses,

Une année, trois soirs, des parenthèses lisses,

Mais ceux-là… ceux qui nous ont vus revenir,

Ont façonné ce que nous sommes devenus, sans le dire.

Pas la plus bruyante, ni la plus visible,

Je restais à l’endroit fragile et indicible,

Je restais en retrait, lucide et fière,

Je sais ce qu’ils ignorent, ce que je préfère

Je porte en silence ce drôle de lien,

Ni tout à fait tien, ni tout à fait mien,

Une amitié tendre aux contours flous

Qui bat dans l’ombre, juste entre nous.

M.M - 09-02-2026

Comme une évidence


Comme une évidence 

Ressentir ta présence avant même ton geste, 
Encore vibrante du manque, 
Ventre noué, peau en alerte, 
Effleurée par ton regard posé trop longtemps, 
Laisser mon corps répondre avant mes mots, 
Abandonner la retenue, la lenteur, 
Te sentir là, proche, réel, 
Incendie discret sous la chair, 
Oublier le reste, le temps, 
Naître au désir : révélation. 

M.M. 05-02-2026

Dans ma peau à moi


Dans ma peau à moi


Je ne voulais rien non plus,

juste regarder.

Mais il avait ce regard

qui se pose comme une main chaude.


Avec lui, c’était toujours le corps

qui comprenait avant le reste.


Je riais trop,

je me penchais trop,

je goûtais trop vite.

Pas pour séduire —

pour sentir.


Quand il me tendait une gorgée,

je savais que ce n’était pas le verre

qu’il voulait partager,

c’était la trace de sa bouche.


Et quand il posait ses mains sur moi,

je n’étais pas surprise —

j’étais prête.

Prête à ce que ça glisse,

ça explore,

ça reste.


Le massage n’était jamais un soin.

C’était un test.

Où je cédais,

où je résistais,

où je respirais trop fort.


Mon corps parlait pour moi :

les épaules qui lâchent,

la nuque qui chauffe,

la cuisse immobile —

immobile pour dire oui.


Je savais ce que ça faisait à un homme,

la cuisse immobile.

Un “continue” sans lettres,

sans voix,

sans excuse.


Je ne l’ai jamais touché en retour,

pas vraiment.

Sauf avec le regard.

Les femmes savent toucher comme ça —

de loin,

sans bouger,

avec la précision d’un doigt sur une cicatrice.


Quand il disait “tu m’écris”,

je sentais la possession douce.

Pas un ordre,

pas une demande —

un couloir où passer,

un fil à garder entre nous

pour la nuit.


Ce qui me troublait le plus,

ce n’était pas ce qu’il faisait,

c’était ce qu’il ne faisait pas.

Tout ce qu’il tenait en arrière,

tout ce qu’il ne prenait pas,

tout ce qu’il me laissait imaginer.


Les hommes qui se retiennent

sont plus dangereux

que ceux qui tentent.


Et quand l’autre femme est arrivée,

je n’ai pas été jalouse d’elle.

J’ai été jalouse de ce que ça révélait :

si le désir existait,

pourquoi pas moi ?


Alors je me suis retirée,

comme on retire doucement la main du feu.

Sans cris, sans mots,

juste avec le silence qui dit “c’est assez”.


Neuf ans plus tard,

un appel.

Sa voix a fait remonter la chaleur

avant le souvenir.

Le corps n’a jamais besoin de calendrier.


Certaines histoires ne couchent pas,

mais elles laissent des traces

là où on respire.


Je ne l’ai jamais eu,

mais je ne l’ai jamais perdu.


M.M - 29-01-2026