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La Tour Lamartine


 La Tour Lamartine

Il est des lieux gravés bien plus forts que le temps,

Des royaumes bâtis dans le cœur des enfants.

Le mien portait un nom que le destin fit mien :

Lamartine... ou Martine... comme un étrange lien.


Tu dressais dans le ciel ta silhouette fière,

Gardienne de mes joies et de mes prières.

De mille souvenirs tu gardais le secret,

Que nul autre endroit n'aura jamais gardé.


Depuis nos grandes fenêtres, le monde s'étendait,

Le rond-point de l'Europe à nos yeux s’animait.

Et la Pénétrante ouvrait la route à l’horizon

Un bout du bois de Montaigu murmurait ses saisons,


Le champ de foire au loin faisait battre mon cœur,

Car un choriste y semait des instants de bonheur.

Son visage ornait ma porte, gardien de mes secrets,

Et ses chansons berçaient mes rêves d'adolescente à jamais.


Tu fus l'écrin discret de vingt-trois longues années,

De rires, de chagrins, de rêves obstinés.

Tu connus mes Noëls, mes bougies d'anniversaire,

Ma communion, mes colères, mes silences amers.


Deux étages plus haut vivaient mes grands-parents,

Le refuge où le temps marchait plus doucement.

J'entends encore leurs voix au détour des couloirs,

Comme un écho d'amour qui refuse le noir.


Puis vint ce jour si lourd où leur porte se tut.

La salle à manger était vide... et le silence ému.

Je m'assis au milieu de tout ce qui s'en allait,

Vanity près de moi... comme si elle savait.


Ah, Vanity... ton nom chante encore à mon âme.

Tu fus le rêve offert qui devint une flamme.

Depuis tant d'années j'espérais ta venue ;

Ce jour-là, le bonheur avait enfin vaincu.


Puis Rumba est venue, vive comme le printemps,

Semant dans notre vie mille éclats de beaux moments.

Son regard pétillait d'une confiance infinie,

Comme si le bonheur portait son joli nom aussi.


La pelouse en dessous devint terre de peur,

Là où l'on empoisonne l'innocence et les cœurs.

Alors nous sommes partis, le cœur lourd, malgré nous,

En laissant derrière nous tant de rêves devenus flous.


Les voisins d'autrefois formaient une famille,

Des métiers, des parcours, mille éclats dans une vie.

Cadre SNCF, Gendarmes, Pharmacien discret,

Même un élu connu... chacun nous ressemblait.


Puis, lentement, les visages ont commencé à partir,

Comme si l'on voulait voir notre histoire s'enfuir.

On a chassé l'esprit qui faisait sa grandeur,

Les murs sont restés mais ils avaient perdu leur cœur.


Ils croient détruire une tour de pierre et de ciment ;

Ils ignorent qu'ils ébranlent plus de vingt ans de sentiments.

Les passants n'y verront qu'un chantier sans histoire ;

Moi, j'y vois ma jeunesse, ma peine et ma mémoire.


Alors, adieu, ma Tour... ou peut-être au revoir.

Car on ne rase jamais un véritable espoir.

Tant que je dirai ton nom, tant que vivra Melun,

La Tour Lamartine ne disparaîtra jamais vraiment.


Ils détruisent la Tour Lamartine.

Mais ils ne détruiront jamais ce qu'elle a fait de moi.


M.M. - 03 juillet 2026

Au bord du canal Saint-Martin


Au bord du canal Saint-Martin 

Quand l’atmosphère pesait comme un ciel d'orage,

Et que certains regards me blessaient en profondeur,

Je quittais le bureau et son sombre visage,

Pour trouver près du canal un instant de douceur. 

 La ville poursuivait son rythme et son vacarme,

Les autobus passaient dans un grondement sourd,

Mais l'eau semblait offrir un refuge à mon âme,

Comme si le temps lui-même ralentissait son cours. 

J'y portais en secret mes peines familiales,

Le vide laissé par ceux qui m'avaient tant aimée,

Mes grands-parents partis vers des vallées hivernales

Laissant dans mon cœur leurs souvenirs protégés. 

Pendant une heure à peine, une simple parenthèse,

Je retrouvais pourtant un parfum de bonheur,

Comme si chaque écluse, avec beaucoup de tendresse,

Déposait un peu de paix tout au fond de mon cœur. 

Les années ont passé, les douleurs s'effacent,

Les tensions du travail se sont éloignées aussi,

Le canal demeure le miroir de mes souffrances

Mais garde une douce place dans ma vie aujourd’hui. 

Et lorsque j'y repense, une émotion me revient,

Comme un soleil discret sur l'eau de ma mémoire ;

Car ce lieu fut bien plus qu'un chemin parisien
Il fut mon refuge fidèle au fil de mon histoire. 

 M.M - 01 juin 2026

Là où mon cœur est amarré


Là où mon cœur est amarré


Depuis l'âge de sept ans, sous ton ciel éclatant,

Mallorca s'est glissée dans mon cœur d'enfant.

Puis je suis revenue à mes dix-sept printemps,

Avec déjà ce trouble étrange et bouleversant,


Et ce fut cet été 1985, un été magnifique,

Qui m’a offert une rencontre magique.

Un Majorquin prit ma main dans la douceur du soir,

Et j'ai laissé là-bas une partie de mon histoire.


Depuis, les années passent sans jamais rien défaire,

Je reviens vers ton ciel comme on revient vers la lumière.

Quarante ans d'attachement, de départs, de retours,

Et mon cœur te choisit encore et encore chaque jour.


Je ne viens plus chez toi comme viennent les touristes,

Pressés de repartir après quelques tours de piste.

Le port en approche, le vent murmure avec raison :

”Tu es enfin rentrée, bienvenue à la maison”


Mais vient, aussi, ce soir où le bateau s'éloigne,

Quand le silence seul de mon chagrin témoigne.

Je reste sur le pont longtemps à regarder

Les lumières de la ville lentement s'effacer.


Et quand la côte enfin disparaît dans la nuit,

Une pensée douloureuse obstinément me suit :

”Et si cette traversée était la dernière,

Je garderais en moi ta si douce lumière."


Alors je grave tout au fond de ma mémoire :

La chaleur des matins, les ruelles du soir,

Les villages de pierre baignés de clarté.

Je retrouve une paix que j'avais oubliée.


Car en France souvent je donne le change au monde,

Je cache mes silences sous des paroles rondes.

Mais là-bas, mes émotions respirent simplement,

Mes larmes ont le droit d'exister librement.


Je fais le tour des amis devenus ma famille,

Quelques embrassades sous la lumière tranquille,

Des ”Comment vas-tu ?" sincères et chaleureux,

Qui rendent mes retours profondément précieux.


Si certains de tes plats me surprennent parfois,

Tes douceurs, elles, savent toujours gagner sur moi.

Une ensaïmada ou un pa amb oli dégustés sans façon,

Et ce verre de Laccao comme une consolation


Et malgré tant d'années passées à te connaître,

Je continue encore à vouloir te redécouvrir peut-être.

Je parcours chaque jour les quatre coins de l'île,

Les routes oubliées, les chemins pas faciles.


Et cette année, une amie dans un sourire

A laissé doucement cette phrase venir :

”Martine connait mieux Mallorca que moi…”

Alors mon cœur s'est serré encore une fois.


Depuis plus de vingt ans, mon blog te raconte,

Comme une flamme fidèle refusant de s'éteindre.

Chaque photo gardée, chaque mot partagé

Est une façon encore de ne pas te quitter.


Et il y eut ce mois de mai 2025 gravés dans ma mémoire,

Dix jours suspendus entre la peur et l'espoir.

Quand le bonheur soudain devint plus fragile encore.

Quand ma maman fut conduite à l'Hospital de Manacor,


Une pneumonie, les longues heures d'attente,

Les nuits sans sommeil et l'angoisse oppressante.

Pourtant, quand je regarde aujourd'hui ce séjour,

Je n'y vois pas seulement la douleur autour.


Car je n'étais pas seule à porter mes frayeurs,

Il y avait des présences pour alléger mon cœur.

Nos amis majorquins étaient là simplement,

Avec cette chaleur qui soigne tendrement.


Et surtout il y avait, malgré son propre chagrin,

Une amie au cœur lourd, qui pourtant de ses mains

A trouvé la force encore de me tenir debout

Alors qu'elle vacillait elle-même malgré tout.


J'avais tant de scrupules face à sa douleur,

Comment lui demander encore un peu de cœur ?

Mais les vraies amitiés ressemblent à cela :

Même blessées elles-mêmes, elles restent là.


Alors entre deux larmes, serrées dans les bras,

Nous répétions parfois cette phrase-là :

”C'est la MIERDA !” — et dans ce cri mêlé

De chagrin et de vie, nos peines se sont retrouvées,


Avant de repartir, j'ai dit d’un voix sombre :

”Si todo va bien, nous reviendrons en octobre…”.

Car nul ne sait vraiment ce que demain prépare,

Ni combien de retours la vie nous laisse encore.


Chaque départ vers toi ressemble à une renaissance,

Chaque retour en France à une longue absence.

Entre deux retrouvailles, le temps perd sa couleur ;

Je retrouve auprès de toi le battement de mon cœur.


Comptant les saisons, les mois, puis les semaines,

Avec au fond du cœur cette peur ancienne :

Qu'un jour sans prévenir arrive le dernier retour,

Le dernier bateau blanc, le dernier séjour.


Alors je ferme les yeux quand le manque est trop fort,

Et j'entends ta lumière murmurer : ”Pas encore.”

Tant qu'un bateau blanc fendra encore la mer,

Tant qu'Alcúdia brillera encore dans la lumière,


Je garderai au fond de moi cette vérité :

Mallorca est l'endroit où mon âme a choisi d'habiter.

Et même loin de toi, quand la tristesse m'effleure,

Je sais que tu bats encore quelque part dans mon cœur.


M.M - 20 mai 2026