Une soirée à part
Pour trouver le concert, pas besoin de longs discours,
Je savais qu’il serait près du stade, ce fameux jour.
Alors GPS en main, je prends le chemin le plus heureux
Mais sur le terrain voisin, les boulistes étaient nombreux.
Je gare la voiture un peu plus loin, tant pis,
Des joueurs, des cochonnets… me voilà avertie.
Je laisse Maman, une amie et Loona dans la voiture,
Et pars à pied, tranquillement, au milieu de l’aventure.
J’avance entre les boules, les joueurs concentrés,
Quand soudain sur le parking, quelque chose m’a arrêtée :
Une scène, des câbles, du matériel à foison,
Et juste à côté, une voiture dans mon champs de vision.
Je comprends assez vite, sans avoir besoin de chercher :
Si la voiture est là, c’est qu’il doit être arrivé.
Je continue donc mon chemin, simplement, sans détour,
Et le retrouve occupé à préparer son concert du jour.
Il est de dos, affairé, occupé par ses câbles,
Concentré sur son travail, incroyable.
Puis il se retourne et me reconnaît aussitôt,
Avec un grand sourire et quelques mots
«Ah ! La famille Mazurais !» dit-il en souriant,
Mais je suis toute seule sur le moment.
«T’es seule ?» — «Oui, je venais voir si c’était bien ici»
Quelques mots échangés, simplement, sans autre souci.
Il laisse alors ses câbles et vient me saluer,
Puis retourne à son travail qu’il doit encore terminer.
«Je suis à la bourre» me dit-il, comme toujours,
Alors je repars chercher les autres, sans faire de détour.
Pour rapprocher la voiture, il faut encore négocier,
Et quelques arguments suffisent sans s’énerver :
« J’ai une personne handicapée à bord, soyez indulgents !»
Les boulistes nous laissent avancer tranquillement.
Nous voilà donc installées juste devant la scène,
Premier rang improvisé, sans vraiment nous donner de peine.
Il est dix-sept heures trente, le concert à dix-neuf,
Et lui poursuit ses réglages, comme toujours il me bluffe
Lorsqu’il aperçoit Maman, il vient lui faire la bise,
Et lui dit gentiment : «Non Michèle, reste assise !»
Avec cette attention simple qui fait toujours plaisir.
Il échange quelques mots avec nous, avec le sourire
Il parle un peu de la route, demande des nouvelles,
La conversation s’installe, légère et naturelle.
Je l’observe retourner vers son matériel,
Encore des prises à brancher avant le concert officiel.
Je lui propose alors un peu d’aide, en passant :
«Besoin d’aide ?» — «Non, ça va, merci vraiment.»
Une remarque amusante, une réponse en souriant,
Je rejoins Maman et notre amie tranquillement.
Sur l’autoroute, en descendant vers l’Aude,
Une petite pensée, sans fanfare ni prélude.
Un arrêt, quelques minutes, au gré du chemin,
Et voilà qu’un gâteau à la broche me tombe sous la main.
Spécialité de l’Aveyron, je l’emporte avec moi,
Je me suis dit : «Je lui en prends un ? Pourquoi pas ?»
Je le retrouve près de son coffre, un instant au repos,
Et lui tends le paquet avec quelques mots :
«J’ai pensé à toi, alors je te l’ai apporté.»
Il regarde le gâteau, semble un peu étonné.
«Ça se mange avec le café», me dit-il en souriant.
«Avec ce que tu veux, tu verras, c’est très bon vraiment !»
Il me remercie, puis vient naturellement m’embrasser,
Puis ajoute : «C’est trop gentil», étonnamment touché.
Quelques mots qui montrent qu’un petit geste attentionné
Peut parfois faire plaisir sans qu’on l’ait vraiment imaginé.
Sur une scène encombrée, une balance faite rapidement,
Il vient s’asseoir près de nous pendant un bon moment.
On parle de tout, de rien, dans une ambiance légère,
Et le temps passe doucement sur cette place en plein air.
Maman montre l’état de ses petits vaisseaux fragiles,
Et plaisante en disant que je la frappe, quelle idée subtile !
Lui me regarde avec ses yeux rieurs,
Et mime une fessée sous mes airs de faux bonheur.
Puis vient la question du dîner, un peu moins légère :
Une table lui est réservée avec Monsieur le Maire.
Je comprends aussitôt que ce soir, finalement,
Il faudra trouver nous-mêmes de quoi dîner tranquillement.
«Et vous, vous mangez où ?» demande-t-il pourtant.
Nous regardons les foodtrucks installés à quelques pas devant.
«On trouvera bien», répond-on sans inquiétude,
Après tout, une soirée se construit aussi avec de l’habitude.
Il part alors se préparer, tandis que je promène Loona,
Et la soirée continue simplement comme ça.
Puis je le vois se changer entre ses deux portières,
Faute de loge, voilà une situation peu ordinaire !
Quelques minutes plus tard, il apparaît devant nous,
Avec sa chemise blanche, qui lui va super bien, c’est fou.
Toujours son jean, mais qu’importe après tout,
Il est plutôt bien ainsi, malgré certains avis autour de nous !
Enfin l’intro s’annonce, le concert peut commencer,
La scène prend vie et le public s’est installé.
Sa voix remplit la place, les conversations s’effacent,
Et chacun profite alors pleinement de ce qui se passe.
Quelques signes, quelques sourires au fil des chansons,
Des petits échanges simples, sans autre explication.
La musique poursuit doucement son chemin,
Et chacun profite de l’instant, tout simplement.
Puis vient cette chanson qui, depuis vingt ans,
Fait pleurer Maman dès qu’elle l’entend.
Et lui, fidèle à son humour, lance sans façon :
« J’ai pas de Kleenex ! » — voilà sa solution !
Évidemment, je ris devant cette remarque,
Qui arrive au moment où l’émotion nous embarque.
Il suffit parfois d’une plaisanterie bien placée
Pour alléger un instant un peu trop chargé.
Quand le concert s’achève, la foule vient à lui,
Pour des selfies, des dédicaces, son dernier CD aussi.
Nous restons un peu en retrait, patientant tranquillement,
Le temps que se termine ce dernier moment.
Mais il faut en fin de compte aller chercher le CD,
Alors me voilà dans la file, juste à ses côtés.
Il me montre sa mallette, presque vide désormais :
Les concerts ont bien entamé le stock qu’il avait.
Puis vient l’idée d’une photo, tous ensemble quelques instants.
Je préfère rester derrière, pour prendre le cliché simplement.
Mais il insiste : «Pourquoi tu ne veux pas être sur la photo ?»
Je réponds que Maman en a déjà une, quelques jours plus tôt.
« Discute pas, viens sur la photo !» dit-il alors simplement,
Et voilà que je me retrouve dans le cadre, finalement.
Quelqu’un est déjà là pour immortaliser ce moment,
Alors nous voilà tous réunis, tout naturellement.
Une photo toute simple, prise en fin de soirée,
Un petit souvenir parmi ceux qu’on peut garder.
Puis il repart changer de chemise et ranger son matériel,
Pendant que nous attendons sous les lumières artificielles.
La fatigue commence à se faire sentir doucement,
Et Maman trouve le temps un peu long, maintenant.
Alors je l’interpelle malgré ma légendaire timidité :
«Tu aurais cinq minutes à nous accorder ?»
«On voudrait te dire au revoir avant de s’en aller»
Il pose aussitôt ce qu’il était en train de ranger.
Il revient vers nous, simplement, sans cérémonie,
Et nous échangeons encore quelques mots dans la nuit.
«Finalement, vous mangez ici ?» demande-t-il doucement.
«Oui, bien sûr, on trouvera quelque chose maintenant !»
Il est déjà vingt et une heures, il fait déjà bien nuit,
Et chacun se prépare doucement à retrouver sa vie
Alors peut-être qu’au fond, ce n’était qu’un concert,
Une scène, des chansons, quelques câbles dans la lumière.
Un gâteau à la broche, une photo, des sourires,
Quelques moments partagés, quelques souvenirs.
M.M. - 30 août 2026
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