Quand tout aurait pu basculer
15 août deux mille sept, un stade près de Poitiers,
Une fête de village, un été encore entier.
Je suis arrivée tôt, le cœur un peu troublé,
Et devant ma voiture… la tienne était stoppée.
Nous nous étions glissés dans un passage interdit,
Un instant presque drôle, un hasard, une folie.
Tu as dû reculer, j’avais, heureusement, anticipé,
Sinon nos deux véhicules se seraient entrechoqués.
Je me suis garée plus loin, à l’écart, discrètement,
Observant de loin la scène et ses tourments.
Nous ne nous étions vus qu’une fois auparavant,
Et ma timidité me gardait en retrait, évidemment.
Je t’ai vu faire la balance, regarder l’horizon,
Râler contre la scène trop loin du premier rang.
Et moi, dans l’ombre douce de cette fin de saison,
Je te regardais vivre simplement, silencieusement.
Puis l’orage d’été s’est abattu sur le stade,
Une pluie soudaine, une lumière un peu maussade.
Je me suis demandé s’il fallait repartir,
Deux cents kilomètres… ou bien rester, et venir.
Alors j’ai contourné les barrières du terrain,
Essayant de passer presque en prenant le lointain.
Mais sans comprendre encore comment tu m’avais vue,
Je t’ai vu t’avancer… c’était bien moi que tu avais reconnue.
Nous nous sommes salués, une bise échangée,
Et tu m’as ramenée vers ceux qui t’entouraient.
Tout semblait incertain dans ce soir malmené,
Mais toi, calmement, tu continuais de parler.
Finalement tu as dit que le concert aurait lieu,
Même sous la pluie qui continuait à tomber un peu.
La pelouse détrempée frémissait sous nos pas,
Mais déjà ton regard disait qu’on n’abandonne pas.
Jean, parka sur les épaules, sans costume ce soir-là,
Et tu m’as demandé ton regard posé sur moi :
« Dis-moi ce que tu penses… je me change ou pas ? »
Et j’ai répondu doucement : «Reste comme ça.»
Et la pelouse mouillée s’est remplie de regards,
Le public étonné oubliait les nuages noirs.
Dans la nuit apparue, entre deux chansons, parfois,
Nos sourires se croisaient, complices, toi et moi.
Puis vinrent les dédicaces, sous la tente dressée,
Il était presque minuit quand je me suis approchée.
«Bon… je vais y aller.» t’ai-je dit doucement
Mais tu as répondu : «Reste encore un moment.»
Les gens défilaient encore pour te remercier,
Et moi, de temps en temps, je venais répéter :
«Bon… cette fois j’y vais…» presque prête à partir,
Et toi, tu répondais : «Reste encore un peu…» sans rire
Enfin le stade s’est vidé, le silence est venu,
Tu as fermé ta mallette, les lumières avaient disparu.
Je t’ai dit une dernière fois : «Là, j’y vais vraiment.»
Alors tu as contourné la table lentement.
Ta main s’est posée sur mon bras, doucement serré,
Et nous avons marché vers le stade déserté.
Seuls les phares de ta voiture éclairaient la nuit noire,
Et je ne distinguais plus la mienne dans le soir.
Ta main allait, venait, sur mon bras frissonnant,
Ton regard me cherchait dans la nuit d’un instant.
Je ne sais plus les mots échangés à ce moment-là,
J’étais perdue d’émotion… simplement face à toi.
Je priais qu’enfin tu me laisses partir,
Et pourtant je voulais que le temps cesse de fuir.
Il était une heure passée, la route m’appelait,
Et sans un mot, ton regard m’a laissée m’en aller.
Je suis repartie seule sur la route mouillée,
Le cœur battant encore, mais l’esprit concentré.
Un instant fragile, un instant singulier,
Celui où tout aurait pu basculer.
M.M. - 06 Mars 2026
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