Neuf ans entre parenthèses, comme si c’était hier…


Neuf ans entre parenthèses, comme si c’était hier…


Pendant des semaines entières,

Cette date habitait mon cœur.

Après Couiza et ses chimères,

Restait vivante ma ferveur.


Vers Saint-Didier dans le Vaucluse,

Maman, notre amie et Loona avec moi

Le trac grandissait sans excuse

Neuf ans déjà… dans quelques mois.


Il arriva tard, freiné par le feu,

L'A9 fermée, le sud dans l'émoi.

Enfin sa voiture, dans la rue, en plein milieu

Il en descendit sans regarder vers moi.


Tout près de nous il vint à passer,

Absorbé par l'orchestre et son matériel.

Maman et notre amie ne pouvaient s'empêcher

D'en sourire, trouvant la scène irréelle.


Puis vint l’instant de la voiture à bouger,

Demi-tour difficile, mal engagé.

Sans réfléchir, vers lui je suis allée,

Le coeur battant mais déterminée.


«Jean-Pierre…» murmurai-je doucement.

Il se retourna, vers moi,  en un éclair,

Son visage s’illumina chaleureusement

«Ohhhh Martine !» et ses bras m’enlacèrent


Neuf années s'effacèrent alors,

Son regard avait gardé sa chaleur.

Sa voix, son sourire valaient de l'or,

Comme autrefois, avec la même douceur.


«Et Maman ?» demanda-t-il curieux.

Un signe de la main, un «j'arrive» promis.

Il lui dit qu’il la trouvait au mieux

Et il fit la connaissance de notre amie


Après la balance, il vint à nos côtés,

Sa main glissait de mon épaule à mon dos...

«Michèle, en dix ans, ta fille n’a pas changé»

Ses mots balayaient les années de trop.


Le concert fut magnifique et puissant ;

Sa voix montait dans le ciel étoilé.

Chaque chanson emportait le présent,

Vers un instant d’éternité


Après le concert, fidèle à son habitude :

«Alors Michèle, comment c'était ?»

Toujours cette même sollicitude,

Qui faisait sourire en secret.


Puis il sourit en me regardant :

«Et l'artiste ?» dit-il en riant.

«Pas trop mal !» j’ai répondu malicieusement

Comme autrefois, si naturellement.


Il évoqua Rox, mon fidèle compagnon :

« Tu n'as plus que ton petit chien… »

Mon cœur se remplit d'émotion ;

Les souvenirs revenaient un à un.


Dans la pénombre, au moment des adieux,

Sa main effleura mon bras doucement.

J’osa : «On se verra en août, si on peut»

«J’essaierai d’être plus dispo» dit-il simplement


Neuf ans entre parenthèses seulement...

Un prénom suffit à tout ressusciter.

Ce six juillet restera hors du temps :

Notre amitié n'avait jamais cessé.


M.M - 13 juillet 2026


Simplement moi


 Simplement moi

Je me sens sûre de moi en jean, baskets aux pieds,

Les cheveux retenus par mes lunettes de soleil relevées.

Je ne veux pas être quelqu'un d’autre en étant autrement,

Car ma plus belle tenue, c'est d'être moi naturellement.


Je souris comme je vis, sans jamais rien jouer,

Car je préfère l'authentique aux masques empruntés.

Je laisse à d'autres le bruit des apparences,

Moi, je préfère le charme discret de ma présence.


J’aime un café partagé qui suspend le temps

Les petits riens qui font les plus grands moments

Car la vie est trop courte pour compter les saisons,

Quand il suffit d'aimer pour changer l’horizon


Je ne suis pas de celles qui jouent les mannequins

Ni de celles qui attirent tous les regards masculins

Je préfère offrir mon cœur, sans masque et sans détour

Plutôt qu’une beauté de façade qui ne dure qu’un jour


On croit parfois qu'il faut des robes élégantes,

Des talons vertigineux, des allures troublantes

Sous cette simplicité que l'on croit sans éclat,

Se cache une femme que l'amour transforme tout bas.


Non pour séduire le monde ou collectionner les regards,

Mais pour faire sentir à celui qui est quelque part,

Qu’il est unique, et surtout infiniment vivant,

Comme si le temps suspendait son vol un instant.


Je ne serai jamais cette femme parfaite,

Sophistiquée, toujours irréprochable dans sa quête.

Je serai celle qui marche sans savoir où demain conduit,

Mais qui sait rendre chaque chemin un peu plus joli.


Celle qui rira de tout, même de ses maladresses,

Qui transformera les habitudes en promesses.

Qui fait d'un jour banal un souvenir précieux,

Parce que le bonheur aime les instants silencieux.


Car au fond, ce n'est pas un être parfait

Qui fait vibrer un cœur endormi en secret.

C'est la personne qui lui donne envie sans détour

De croire encore à la force de l’amour.


Quand j'aime, je n'aime jamais à moitié,

Chaque regard devient une complicité.

Une main dans la mienne, un souffle, un frisson.

Et mon cœur fait du silence une déclaration.


Il faut oser sortir de sa zone de confort,

Laisser derrière soi les regrets, les remords.

Le feu est caché derrière mon timide sourire,

Les plus belles flammes ne cherchent jamais à éblouir.


M.M - 10 juillet 2026


La Tour Lamartine


 La Tour Lamartine

Il est des lieux gravés bien plus forts que le temps,

Des royaumes bâtis dans le cœur des enfants.

Le mien portait un nom que le destin fit mien :

Lamartine... ou Martine... comme un étrange lien.


Tu dressais dans le ciel ta silhouette fière,

Gardienne de mes joies et de mes prières.

De mille souvenirs tu gardais le secret,

Que nul autre endroit n'aura jamais gardé.


Depuis nos grandes fenêtres, le monde s'étendait,

Le rond-point de l'Europe à nos yeux s’animait.

Et la Pénétrante ouvrait la route à l’horizon

Un bout du bois de Montaigu murmurait ses saisons,


Le champ de foire au loin faisait battre mon cœur,

Car un choriste y semait des instants de bonheur.

Son visage ornait ma porte, gardien de mes secrets,

Et ses chansons berçaient mes rêves d'adolescente à jamais.


Tu fus l'écrin discret de vingt-trois longues années,

De rires, de chagrins, de rêves obstinés.

Tu connus mes Noëls, mes bougies d'anniversaire,

Ma communion, mes colères, mes silences amers.


Deux étages plus haut vivaient mes grands-parents,

Le refuge où le temps marchait plus doucement.

J'entends encore leurs voix au détour des couloirs,

Comme un écho d'amour qui refuse le noir.


Puis vint ce jour si lourd où leur porte se tut.

La salle à manger était vide... et le silence ému.

Je m'assis au milieu de tout ce qui s'en allait,

Vanity près de moi... comme si elle savait.


Ah, Vanity... ton nom chante encore à mon âme.

Tu fus le rêve offert qui devint une flamme.

Depuis tant d'années j'espérais ta venue ;

Ce jour-là, le bonheur avait enfin vaincu.


Puis Rumba est venue, vive comme le printemps,

Semant dans notre vie mille éclats de beaux moments.

Son regard pétillait d'une confiance infinie,

Comme si le bonheur portait son joli nom aussi.


La pelouse en dessous devint terre de peur,

Là où l'on empoisonne l'innocence et les cœurs.

Alors nous sommes partis, le cœur lourd, malgré nous,

En laissant derrière nous tant de rêves devenus flous.


Les voisins d'autrefois formaient une famille,

Des métiers, des parcours, mille éclats dans une vie.

Cadre SNCF, Gendarmes, Pharmacien discret,

Même un élu connu... chacun nous ressemblait.


Puis, lentement, les visages ont commencé à partir,

Comme si l'on voulait voir notre histoire s'enfuir.

On a chassé l'esprit qui faisait sa grandeur,

Les murs sont restés mais ils avaient perdu leur cœur.


Ils croient détruire une tour de pierre et de ciment ;

Ils ignorent qu'ils ébranlent plus de vingt ans de sentiments.

Les passants n'y verront qu'un chantier sans histoire ;

Moi, j'y vois ma jeunesse, ma peine et ma mémoire.


Alors, adieu, ma Tour... ou peut-être au revoir.

Car on ne rase jamais un véritable espoir.

Tant que je dirai ton nom, tant que vivra Melun,

La Tour Lamartine ne disparaîtra jamais vraiment.


Ils détruisent la Tour Lamartine.

Mais ils ne détruiront jamais ce qu'elle a fait de moi.


M.M. - 03 juillet 2026