Eclipse


Eclipse


Il y a eu nous,

sans titre,

sans date,

sans oubli.


M.M. - 11-01-2026


Poétiquement incorrect


Poétiquement incorrect

Tu chantais près de moi, presque à toucher,

Et ta voix glissait sur ma peau comme un baiser.

Un vers surgit — poétiquement incorrect —

Qui fit rougir le silence, puis mon cou, puis le reste.


Je t’écoutais me dire sans le dire

Ce que les lèvres parfois n’osent écrire.

Le rythme battait, discret, mais parfait,

Comme un cœur qui hésite avant de s’avouer.


Tu improvisais, et je perdais mesure :

La musique avait le goût d’une brûlure

Douce, obstinée, trop proche du secret,

Qui se chante à soi-même avant d’être avoué.


Dans ce vers, il y avait nos corps en filigrane,

Et ce léger trouble qu’on nomme joie profane.

Depuis, j’en ai fait un lieu pour ceux qui savent

Que le désir lit dans les pages et les lèvres graves.


Car entre le livre et le corps, il n’est qu’un trajet,

Fin, vibrant, imperceptible et imparfait.

Et toi tu l’avais compris — avant même de l’écrire —

Quand tu m’as offert ce vers pour me faire rougir…


M.M - 10-01-2026

La France grelotte

La France grelotte

L’année commence sous un ciel neigeux,
Le vent coupe le souffle, le silence est brumeux.
Aux fenêtres givrées, le jour hésite à se lever
Même le soleil frissonne avant de briller.

Les trottoirs sont de verre, les arbres sont figés,
La Loire et la Seine semblent vouloir se coaguler
Les doigts deviennent gourds au moindre pas dehors,
Et la respiration en nuage trahit l’effort du corps.

Les manteaux sont des remparts contre l’air assassin,
Le café devient refuge au creux de chaque main
On rêve de soleil, de lumière, de printemps,
Mais l’hiver, souverain, règne comme un tyran.

Pourtant dans ce grand froid, quelque chose persiste :
Un feu dans les maisons, une chaleur qui résiste.
Car même sous la glace et le gel qui nous mord,
Le cœur, lui, ne cède jamais au froid qui endort.

M.M. - 06-01-2026



 

Ma petite Cooky


Ma petite Cooky,

Je t’écris cette lettre aujourd’hui parce que je n’ai pas pu le faire plus tôt.
Pas parce que je ne t’aimais pas assez — mais parce que je t’aimais trop
Et que la colère et la douleur prenaient le dessus
Je suis en colère.
En colère contre ceux qui t’ont fait du mal.
En colère contre l’injustice de ta fin.
En colère aussi parce que je t’avais confiée, parce que je n’ai pas su te protéger.
Je veux que tu saches une chose : ce qui t’est arrivé n’était pas de ta faute.
Tu n’as jamais mérité la peur, la souffrance, qu’on te prenne pour un jouet.
Tu étais douce. Tu étais innocente.
Il m’a fallu deux ans pour trouver le courage de t’écrire,
Car c’était rouvrir la blessure.
Mais aujourd’hui, je veux te rendre justice par ces mots.
Tu as compté dans ma vie et tu comptes encore.
Ton nom est gravé dans ma mémoire.
Je suis désolée de ne pas avoir été là.
Je suis désolée d’avoir fait confiance à la mauvaise personne.
Si l’amour pouvait réparer le passé, je te jure que tu serais encore là, blottie, en sécurité.
Sache que ta vie, même brève, n’a pas été vaine.
Elle m’a appris la profondeur du lien que l’on peut avoir avec un si petit être.
Tu es partie, mais tu n’es pas effacée.
Je n’oublierais jamais ton oreille crantée et ta tâche noire sous le menton.
Repose en paix, ma Cooky.
Je porterai ta mémoire sans jamais la trahir.

M.M. - 04-01-2026

A mon frère

 


A mon frère


Il y a dans ton prénom un calme familier,

Un mot que je garde quand je vais vaciller,

Un matin discret qui revient me chercher

Quand la nuit insiste à vouloir s’installer.


Ta douceur n’est pas faible, elle sait résister,

C’est une force tranquille, lente à se montrer,

Une étoffe tissée d’épreuves traversées,

De silences portés, de jours acceptés.


Tu consoles sans mots, sans rien expliquer,

Un regard posé suffit à apaiser,

Un sourire discret, et tout peut se calmer,

Même les peurs que je n’ose pas nommer.


Nous avons grandi là, sans trop y penser,

Dans la même maison, les mêmes étés,

L’herbe fraîche coupée, les soirs étouffés,

Et ces silences lourds qu’on laissait passer.


Il y avait notre père, calme et réservé,

Ses mots comptés, son regard assuré,

Sa main sur l’épaule pour nous rassurer,

Sa façon d’aimer sans jamais trop parler.


Il nous a appris, sans le dire vraiment,

Que rester digne est un engagement,

Que la douceur peut tenir longtemps,

Et qu’être présent suffit bien souvent.


Il est parti sans bruit, sans se retourner,

Mais ses racines ont su nous ancrer,

Je les sens en toi quand je te vois marcher,

Et je sais d’où je viens quand je te regarde avancer.


Nous avons perdu, oui, et souvent pleuré,

Des absences qui serrent sans jamais lâcher,

Des matins plus pâles, des ciels ébréchés,

Et des noms qu’on prononce à peine, à moitié.


Mais toi, tu continues à tout accueillir,

À ouvrir les bras, même prêt à souffrir,

À laisser la vie entrer sans fuir,

Et je t’aime pour ça, sans toujours savoir te le dire.


Ta tendresse est l’endroit où je peux rester,

Quand je n’ai plus la force de me relever,

Une lampe allumée dans l’obscurité,

Une promesse simple pour ne pas m'égarer.


Alors je te le dis, sans détour, sans bruit,

Tu n’es pas seul, je marche avec toi, ici,

Ni devant, ni derrière, mais bien à côté,

Liés pour longtemps, quoi qu’il puisse arriver.


Oui, nous avons perdu, c’est vrai, un peu de clarté,

Mais nous avons gardé ce qui ne peut tomber :

La main de l’autre serrée pour avancer,

Et cet amour-là que rien ne saura briser.


M.M. - 29-12-2025